Je ne vous parlerai pas du festival de
Cannes, des acteurs, réalisateurs, producteurs, mannequins ou personnalités plus ou
moins (re)connues "utiles" au cinéma qui, sur leur 31, peaux tirées à quatre épingles, montent les célèbres marches
et foulent le mythique tapis rouge dans un tourbillon de glamour que le monde entier nous envie. Non…
Je ne vous parlerai pas non plus de ces toujours plus nombreuses palme-bitches en besoin pressant de m'as-tu-vue, ni de cette foule d'anonymes attirés par les feux de la rampe et agglutinés au pied des marches du Palais, prêts à
tout pour entrer dans la danse (des
Cannards boiteux, of course), quitte à s'y faire plumer. Non… Je
sature. Chaque année je sature un peu plus d'ailleurs, sans doute que la vieillesse me guette !
Par contre, je vous parle volontiers du temps. Pas du temps qu’il fait sur la Côte, plutôt
du temps à qui nous offrons plus ou moins inconsciemment le mode d'emploi intégral pour mieux cadencer nos vies au lieu de les harmoniser. Du temps qui passe,
file et nous file entre les doigts, de ce temps que chacun de nous essaie inexorablement
d’amadouer afin de le rendre plus élastique, de gagner pour, in fine, ne même pas
avoir le loisir de le perdre, faute de… temps qu’on ne prend plus le temps de
prendre, justement.
Ce matin, en coupant à travers le parc pour récupérer
ma voiture, j’ai suivi l’allée bordée de jasmin. Le nez en l’air à l’affût
des parfums printaniers flatteurs de narines, le regard enthousiasmé par
ce petit coin qui semblait être en dehors du temps sorti tout droit du jardin
des délices et les pensées perdues au milieu de ces effluves enivrants, je me
suis assise quelques minutes sur un banc. Quelques instants de répit, de calme
et d’extase au soleil, tranchant avec la course habituelle qui rythme mes
journées.
Je l’ai vu arriver au loin, tête baissée, d’un pas alerte et bien décidé à ne
pas laisser quoi que ce soit entraver sa route, ni qui que ce soit le détourner
de son chemin. Devant moi est passé cet homme pressé, tellement rapidement que
je n’ai eu le temps d’entrevoir la totalité de son visage. Il portait un
costume gris anthracite, ses bras étaient chargés de dossiers, il marchait à la
Wonder et savait où il allait : Droit au but.
Quel contraste ! J’étais en pause contemplative et un OVNI me passait sous
le nez à la vitesse Mach 2, me laissant une impression d’immobilité immobilisme absolu. Il n’a pas levé les yeux, n’a pas relevé la tête non plus, il
cheminait, comme branché sur pilote automatique. L’effet fut saisissant et le
constat rude. J’ai immédiatement pensé qu’à un autre moment de la journée,
hier, demain ou un autre jour, cette météorite c’était, ce sera, moi.
Il est tellement facile d’oublier de regarder autour de soi, de jouir de ces
petits instants d'un bonheur simple à portée de ceux qui le veulent.
Il est si simple d’oublier de savourer et d’apprécier LE moment. Le peu comme le
tout.
Il est parfois commode d’oublier de vivre. De s’oublier.
Il est si facile de traverser la vie au pas de charge, sans y prendre garde,
sans en prendre soin.
Pas de doute, me voilà bien loin du Festival de Cannes...