- Bonjour, vous
permettez que je profite de votre voyage en ascenseur ? Vous allez à
quel étage ? Moi au septième.
Il sélectionne l’étage, se place face à la porte, s’excuse de devoir me tourner le dos et commence à déverser un flot ininterrompu de paroles, rendant impossible la moindre réponse de ma part. J’ai toutefois le loisir d’admirer sa carrure, son apparence soignée, de sentir les effluves d’un parfum que je reconnais.
- Cela ne vous ennuie pas si je vous parle au
moins ? Sachez que je suis extrêmement mal à l’aise dans un endroit clos et dialoguer
avec vous, le temps du transport, me fera oublier ma peur. Seul, l’idée de m’enfermer
dans un endroit aussi exigu ne me serait certainement pas venue. Vous devez penser que c'est complètement
idiot de prendre l'ascenseur quand on est claustrophobe, et vous avez raison,
mais votre présence me donne le courage nécessaire. Vous êtes une bénédiction. Et
puis l'idée de devoir grimper sept étages à pieds est un prétexte valable, en
tout cas il suffit à me faire passer outre cette phobie de malheur. D'ailleurs, là, j’ai rendez-vous avec ma psy et elle va être satisfaite de moi. C’est grâce à vous, je ne manquerai pas de le lui préciser. Vous y allez peut-être aussi ? Non... Suis-je
bête, je vois que vous vous arrêtez au cinquième.
Il se retourne, gêné et sans doute perturbé par sa prise de risque - avec l'ascenseur, pas avec moi ! - il fuit mon regard mais accorde toute son attention à mes pieds. Et n’interrompt pas pour autant sa logorrhée.
- Si vous avez deux minutes à perdre vous
pourriez être la béquille d’un phobique jusqu’au septième ; il vous en sera éternellement
reconnaissant. Dans le cas contraire il terminera son ascension à pieds, après
tout, deux étages ce n’est pas la mer à boire. C'est très joli ce que vous
portez... vous le portez très bien. Par contre, vous n'êtes pas une grande bavarde !
Je me trompe ?
Deux heures après, j’en suis encore sans voix.

