J'écris pour entendre sous mes
doigts cette petite musique mélancolique qui chante des éclats de mémoire d'une journée très particulière. C’était il y
a quatre ans…
C'est le matin, l’heure où la ville s’éveille, l’heure des travailleurs pressés et des files de véhicules qui se dirigent vers un même point : le centre stratégique. J'ai quitté l'autoroute charriant les heureux vacanciers de septembre.
Tout à l'heure j'arriverai...
Je
prends le bord de mer, longe l'aéroport et les premiers palmiers. Sur les
panneaux, la ville s'annonce bien trop vite. Aujourd’hui j’aimerais voir le
temps freiner des quatre fers. Je coupe l'air conditionné, ouvre les vitres pour
profiter de l'air léger, me remplir la poitrine de l’odeur iodée de la mer. Toute
mon enfance défile depuis le départ, plus je bouffe des kilomètres, plus j’approche
de ma destination et plus loin remontent les souvenirs.
Tout à l'heure j'arriverai… il faudra faire comme si.
Je
roule doucement, déjà les dernières ombres de la nuit se diluent et le soleil
se lève sur la mer. Indifférente à l’embouteillage, j'admire la palette des
bleus réfléchissant sur l’eau et l'unique bateau de pêche "posé" là,
sur la mer d'huile. Au loin, là-bas à l'entrée du port, un énorme ferry immobile
dénote dans ce sublime paysage. Je tends la main pour attraper quelques
microscopiques gouttes pulvérisées par le système d'arrosage. Elles réveillent
des odeurs qui ressemblent à celles d’une pluie d’automne. Pour le moment il
fait encore frais mais tout à l’heure nous devrions flirter avec les 27° à l’ombre.
Je viens de dépasser l'étal du pêcheur en bordure de plage.
Tout à l'heure j'arriverai… il y aura des bureaux à
l’ambiance feutrée, les odeurs de papier, les sonneries des téléphones, l’odeur
de café... Les premiers sourires et les têtes renfrognées de ceux pour qui
c’est toujours le mauvais jour.
Un peu plus loin, je distingue la façade du Palais de la Méditerranée, la coupole de l'hôtel N. les feuilles des palmiers qui ondulent et les premiers nageurs. J'avance, je fais mon petit bonhomme de chemin au rythme imposé par les feux rouges. La circulation abondante souligne davantage encore le calme des collines. Je devine le chalet de la cascade… MA cascade, plus haut encore le Camp des scouts. Je croise un Joggeur, IPod vissé sur les oreilles, concentré sur sa course effrénée.
Un peu plus loin, je distingue la façade du Palais de la Méditerranée, la coupole de l'hôtel N. les feuilles des palmiers qui ondulent et les premiers nageurs. J'avance, je fais mon petit bonhomme de chemin au rythme imposé par les feux rouges. La circulation abondante souligne davantage encore le calme des collines. Je devine le chalet de la cascade… MA cascade, plus haut encore le Camp des scouts. Je croise un Joggeur, IPod vissé sur les oreilles, concentré sur sa course effrénée.
Tout à l'heure j'arriverai… tous seront prévenants,
souriants, les documents réclamés la veille seront là, bien rangés, les
messages passés. Le café et les petites douceurs prêts. L’accueil sera
chaleureux, les paroles émouvantes. Je n’oublierai pas de remercier.
Il
me faut m'engouffrer dans une rue bondée, entrer dans le parking sombre et sa
respiration souterraine suffocante où ma place est réservée. J’abandonne à
regret le bord de mer, son atmosphère de vacances pour me plonger, presque en apnée et sans
aspiration aucune, dans le poumon de la ville.
Tout à l'heure j'arriverai… Malgré l'enchaînement des réunions, des rendez-vous en extérieur et des trois présentations de campagne, je ne couperai pas mon
téléphone.
Souvent je regarde l'heure, surveille mes messages du coin de l’œil, le cœur au bord du chavirage. Tout à l’heure nous saurons... Je sais déjà que plus rien ne sera comme avant.
Un jour elle aura tout oublié de sa vie, de son passé. Un jour elle aura même quitté son regard, devenu aussi désempli que son cerveau. Alors, je ne serai plus jamais la fille de ma mère.
Ce
jour-là est arrivé ce week-end…
Cette fois, je ne suis pas sûre d'(y) arriver.
|Pour connaitre "l’Histoire" d'un combat perdu d’avance contre lequel nous luttons, c’est >> ici <<|
Juste des pensées...
RépondreSupprimerEt des bisous aussi...
Merci G. un de ces jours il serait bien que je te "rende" au moins un peu de tout ça ! ;-)
SupprimerLes attentions sont rares de nos jours, elles sont appréciables, appréciées et à souligner, donc... :-)
Parfois on aimerait tellement que les trains arrivent en retard...
RépondreSupprimerTu sais où je suis si jamais...
Baisers tendresse
J'aime beaucoup ta métaphore de chef de gare, Léon (revienssssssss, j'ai les mêmes à la maison) ! Merci ;-)
SupprimerJe suis venue grattouiller à la porte de ton bureau tout à l'heure mais on m'a dit que tu es en vacances et que tu chevauches un gros cube dans les plaines du Far north ;-)
Merci...
Texte très touchant qui vibre en moi comme un synopsis bien connu… Je connais depuis pas mal de temps ces impressions de déchirement. Ma mère aussi est dans ce cas, elle s'est définitivement éloignée de la vie cognitive mais reste encore avec quelques éclats de souvenirs qui jonchent parfois le sol. Ces éclats ne sont que des grains de sable dans l'océan d'un asphalte de couleur ocre.
RépondreSupprimerJe compatis... sincèrement.
SupprimerDans le cas de ma mère, il n'y a pas d'éclats de souvenirs notables qui nous démontrent qu'aujourd'hui, par exemple, elle est un peu plus "là", un peu plus "elle". C'est très troublant. J'ai l'impression que chaque souvenir perdu l'est à jamais, de même que chaque régression cognitive reste en l'état. Ce sont des étapes qu'elle franchit, plutôt rapidement d'ailleurs hélas, et dont elle ne revient pas.
Le second point terriblement troublant est le décalage avéré entre un physique "jeune", dynamique, plein de vie qui n'a pas changé en quatre ans et un cerveau agonisant.
Quand j'évoquais cette maladie sans penser un instant qu'elle pourrait un jour - tout du moins dans l'immédiat - toucher mes parents, j'imaginais des malades âgés, à la limite grabataires... Plus dure fut ma chute.
Tu as raison : le décalage entre l'aspect physique et la face cognitive est terrible à vivre pour les proches. Cela renvoie aussi à notre propre situation. L'angoisse s'empare de moi au moindre oubli de ma part (ou de celle de ma douce par exemple). J'imagine la spirale, la pente temporelle sur laquelle nous glissons, tout cela est bien savonneux. Il faut faire avec.
RépondreSupprimerJ'ai la même angoisse mais je m'inquiète davantage pour ceux qui me sont chers, quant à moi je ne cesse de solliciter mon cerveau à tel point que parfois il m'est impossible de le faire passer en veille pour dormir. Cf. dernière note.
SupprimerIl faut faire avec, hélas, oui...
Seuls ceux qui sont confrontés à cette terrible maladie peuvent sans doute véritablement partager...mais ce que tu écris me renvoie à ces mois d'hiver où j'ai découvert que la maladie qui amoindrissait chaque jour un peu plus son corps faisait également des ravages dans son esprit qu'il avait pourtant si acéré, que son cœur si affaibli ne parvenait plus à oxygéner son cerveau. C'est à ce moment que la révolte m'a dévastée... Je pense très fort à toi.
RépondreSupprimerMerci Anthom, je sais que la période n'est pas facile pour toi non plus.
SupprimerOn peut véritablement partager, je pense, même quand la douleur est induite par des pathologies différentes. Le quotidien est le même, le mécanisme du "deuil" à faire est le même, les angoisses et l'impuissance ressenties sont semblables.
A mon sens, ce n'est pas un même type de graves maladies qui unit, rassemble mais les dégâts qu'elles font toutes, quelles qu'elles soient. Alors bien sûr, échanger avec ceux qui vivent le même enfer aide mais les mots et les actions des non concernés ou des concernés différemment, font du bien.