jeudi 28 août 2014

Qui Peut Faire De La Voile Sans Vent ?

Lorsque j'étais enfant j'adorais lire le dictionnaire. Enfin... non, pas tout à fait. J'adorais y chercher des mots, leurs définitions et consulter les citations encartées au milieu. J'avais un gros Larousse illustré offert par une tante de ma mère qui venait nous rendre visite depuis son île, trois fois par an. Lors d'une précédente visite elle m'avait demandé ce que j'aimais lire, je lui avais répondu un peu embarrassée que peu importait le livre, je finissais toujours par revenir à mon petit Petit Robert.
Sur ce coup là elle avait fait preuve de lucidité, j'avais habituellement droit à des poupées costumées, icônes des régions de France ou des pays qu'elle visitait, des ramasse-poussière que ma mère rêvait de voir disparaître. Moi aussi d’ailleurs mais émue qu’elle pense à moi à chacun de ses voyages, je ne pouvais me résoudre à me débarrasser de ses encombrants cadeaux.

En grandissant, j'ai un peu oublié mon gros dico et me suis entichée d’un cahier bleu sur lequel j'ai commencé à noter mon propre vocabulaire (j’adore toujours les néologismes), mes sentiments, mes rêves, mes bonheurs, mes douleurs, mes doutes, mes envies. Tout, je notais tout ce qui me passait par la tête. Inutile de dire qu'il m'en passait beaucoup... donc je gribouillais sans cesse.
Heureuse ? Je noircissais des pages et des pages.
Malheureuse ? Je faisais de même.
Les cahiers bleus se sont remplis au fur et à mesure puis empilés les uns sur les autres à grande vitesse. Ma vie jusqu’ici se résumait à ce tas d’émotions. Les écrits d’une pré-ado se sentant parfois incomprise par les adultes étaient incroyablement banals. Les ressentis, les empreintes d’émois de moi se sont maladroitement entassés là, puis dans un carton déposé bien à l’abri dans le grenier. J’ai fini par me lasser, je trouvais le concept nombriliste et ennuyeux… Et puis, j’avais grandi, d’autres choses à faire, la vie à apprendre, des expériences à mener.

Bien des années après cette période, une fois installée dans ma vie de femme, d’épouse et de maman, j'ai eu à nouveau ce besoin vital d'écrire pour évacuer une douleur liée à une agression. La nécessité de dire. Tout. À nouveau : Mes sentiments, mes ressentis et ces sempiternelles émotions qui, parfois, me submergent. Il me fallait expulser ce trop lourd à porter, laisser couler/cooler, pouvoir me retourner de temps en temps sur ces écrits et me rendre compte du chemin parcouru, des progrès accomplis. Pas à pas…
Je confiais ce "tout" à des livres anciens reliés, achetés chez un antiquaire sur les remparts d’Antibes, dont les pages en épais papier Vélin beige étaient restées étrangement vierges.
Cette fois, j'ai ajouté à mes "livres de route" dessins, griffonnages, collages de photos, bouts de papiers en souvenir de certains moments (tickets divers, notes, billets d'avion), sable, cartes. Tous ces morceaux de petites choses qui, en somme, font une vie…
Une partie de ma vie en condensé. 

Hier j’en étais là.
Aujourd’hui… je ne sais pas.




|Nota Bene : Ne vous creusez pas trop la cervelle pour comprendre le rapport entre le titre et la note ; il n'y en a aucun. J'ai simplement séché au moment d'en trouver un...|
|Et Puis… : Houla, la rentrée me rend nostalgique. Vivement les prochaines vacances !|

10 commentaires:

  1. Tes émotions sont les plus belles choses du monde et il est important de les consigner.
    Ce n’est pas une manière de ne pas les oublier ; je suis certain que chacune d’elle est soigneusement rangée dans un recoin de ton cœur.
    C’est juste la version littéraire de la boite à secret… Là d’où on exhume au hasard une note, une photo, trois mots qui font instantanément renaître des odeurs, des sons, une chaleur….
    Tes émotions te sont vitales… Je t’y sais tellement sensible, tellement attentive aux plus petits ressentis.
    Continues de noircir les pages des livres de ta vie. Ton trésor est là, fait de tout et de rien, de bouts de ficelles, de selles de cheval, de cheval de bois… de ce bois dont on fait le papier… tout est lié finalement.
    J’aimerai tellement glisser un œil dans ces volumes et ces carnets… un peu comme je suis amené à le faire pour des raisons professionnelles, dans certains cas… Et pourtant je sais d’avance que je n’y comprendrais sans doute rien… juste parce que c’est Toi. Juste parce que Toi on ne te devine pas, on ne te suppose pas,… on te vit… en prenant en pleine gueule les émotions subtiles que tu sais si bien distiller…
    Je… ;-)

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    1. … Et bien… J’en reste coite :-) Quel Truc ce Machin ! ;-)

      Je te ferai lire certains passages mais uniquement des vieilleries datant du temps où je roulais encore en Chappy, sans casque sur la Prom', parce qu’après toutes ces années il y a prescription. Je ne voudrais pas que tu en touches deux mots, même discrets et/ou sans le vouloir, entre la poire et le formage, au ministre de l’Intérieur, ou à la ministre de l’éducation nationale, ou au ministre des finances, encore moins à la garde des sceaux. A peine au ministre de la défense (pour ma défense, évidemment) ;-)

      Pour ce qui est de la calligraphie, tu comprendras ; j’ai laissé tomber les hiéroglyphes il y a des lustres… Pour le reste, tu devrais pouvoir t’en sortir, ce n’est pas un cerveau alambiqué de fille qui va contrarier ta perspicacité ! ;-)

      Je… te bisoute aussi ! ;-)

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  2. Celui qui y parvient arrive aussi à ramer sans rame... Ça me rappelle un vieux refrain, ça, tu dois bien l'avoir inscrit dans un cahier bleu, non ???
    Bel exercice d'anamnèse, quand même ;-)

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    1. Il paraîtrait que ce "celui " que tu évoques peut même faire du pain sans levain et du vin sans raisin ! Il est grand temps, je crois, d’arrêter de dire des âneries aux enfants ! :-))

      Avec le recul et toutes les questions que me fait me poser la maladie de ma mère, je me rends compte que j’ai toujours, plus ou moins sciemment, entraîné ma mémoire. J’aime depuis que je suis en mesure de m’en souvenir, les jeux de mots (au sens propre comme au figuré) et de lettres, pourtant c’est un cursus scientifique que j’ai choisi en secondaire…

      Il m’arrive souvent de penser au passé, à mon enfance privilégiée, aux bons moments, à toutes ces personnes que j’aimais et qui ne sont plus là. J’adore ça. En ce qui me concerne, revenir en arrière n’est pas un refus d’avancer ou de vieillir, c’est au contraire m’ancrer davantage dans le présent et tout faire pour en profiter au mieux. C’est, par la même, tenter de mieux appréhender le futur (au sens de : saisir par l'entendement).

      Depuis quelques temps je flippe à l’idée que ma mémoire puisse un jour me faire défaut, j’ai tendance à me méfier de la transmission génétique…

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  3. Bertrand Delanoe28 août 2014 à 17:26

    Ben... si la voile n'est d'aucune utilité, on peut toujours envoyer la vapeur, non ?

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    1. Rire. Disons que l’usage du Foc est plus écologique qu’une chaudière à tout berzingue, Bertrand !

      Ça balance pas mal à Paris, je vois :-))

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  4. Comment répondre sans commenter ???

    Question émotions, c'est secret. J'en parle très peu !

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    1. Je te retourne la question : Mais... comment commenter sans répondre ? ;-)

      "Question émotions, c'est secret. J'en parle très peu" <<< C’est bien un truc de mec ça ! Quoique… Sourire.

      Les émotions sont souvent "palpables", détectables, tout du moins pour ceux qui sont attentifs à l’autre, aux autres. Nul besoin de les évoquer ou de les transcrire, elles émanent, percent, filtrent au travers des mots, d’une attitude, d’une expression artistique (œuvre photographique, danse, peinture, musique, écrits, et même notes de blogs, etc.).
      On en dit - sans vraiment le dire - toujours plus que ce qu’on pense révéler… :-)

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  5. Hollande François30 août 2014 à 11:11

    Heu... pour ce qui est de faire du vent... si jepeux aider...

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    1. Si j'osais, vu les problèmes météo-merdo-logiques rencontrés au moment de certains grands rendez-vous, je vous conseillerais de toujours garder à portée de main un imper à capuche (la couleur jaune canari est à proscrire), un parapluie d'envergure suffisante et surtout un paratonnerre de qualité, y compris sur l'avion, la voiture et le scooter présidentiels. Le tout made in France, of course, François...

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