Il est des périodes où j’aimerais avoir des
pouvoirs surnaturels, être fée, sorcière bienfaisante ou même Dieu et peu
importe lequel. Je pourrais alors éviter le pire à ceux que j’aime, être forte
et/ou trouver la force d’être efficace, convaincue d’agir au mieux pour eux.
Comment
faire le deuil d’une personne si jeune et encore physiquement là ?
Comment comprendre cette démence cérébrale qui l’amène chaque jour un peu plus
vers un ailleurs tant redouté ?
Comment supporter la violence verbale et parfois physique de la part de celle
qui fut si tendre, douce et posée ?
Comment s’y prendre au mieux avec cette terrible maladie qui, tel un
rouleau-compresseur, nous broie et nous lamine ? Comment aider, de façon appropriée, mes parents à traverser cette épreuve ?
Comment trouver les mots, les arguments pour venir en aide et soulager l’aidant
constamment présent qui s’épuise à petit feu ?
Comment le convaincre qu'on ne peut hélas plus rien faire pour arrêter le
bouffe-neurones, qu'il ne peut faire davantage ou mieux que ce qu'il fait déjà 24 heures sur 24 et 365 jours par an depuis bientôt 4 ans ?
Comment lui faire comprendre que ne plus parvenir à tout assumer n'est pas un échec, encore moins un abandon mais la logique implacable d'efforts surhumains déployés pour lutter contre une maladie dégénérative incurable ? Comment lui faire accepter aide, soutien et mains tendues ?
Je ne sais pas, je n’y arrive pas. Je me heurte à un (gentil) mur qui n’est
prêt à passer le relais définitif à une équipe médicale mobile. J'ai déjà "perdu" ma mère dans les méandres de
la maladie d’Alzheimer, je ne veux pas, en plus, perdre mon père d’épuisement…Comment vais-je arriver à surmonter tout ça ?
Ce matin une minuscule bulle d’oxygène, aussi rare qu’imprévue, m’a permis de faire
une incursion rapide sur Blogger et de retrouver ce brouillon de note rédigé il
y a cinq semaines. L’appel téléphonique m’annonçant le transfert de mon père
aux urgences et ma présence requise illico presto pour prendre le relais auprès de ma mère, précipita les choses, les laissant suspendues dans le temps, dans un vide intersidéral. Je n’ai pas eu l'occasion de relire, d’étoffer, ni de publier.
Cinq semaines d’enfer, d’angoisse, de peine, de peur, de détresse, de nuits
sans sommeil, de journées marathon, d’épuisement physique et moral, de don de
soi, d’amour, de déceptions, de résignation, de perte totale de repères, de
larmes, de sourires, de haine, de solidarité familiale, d'incompréhension, de colère.
Cinq semaines à se débattre avec les administrations, les associations,
certaines institutions sans oublier le milieu médical qui ne nous aura rien épargné. De
longues journées de démarches diverses et variées (très avancées mais…) pilotées
par mon père depuis son lit d’hôpital, in
fine toujours non abouties à cause d’un conflit cœur/raison qu’il est aisé
de comprendre.
Cinq semaines à gérer dans l'urgence deux gigantesques problèmes, à ménager les susceptibilités des uns et des autres... avec des épaules bien trop fragiles et des petits bras bien trop courts.
Cinq semaines d’espoirs et autant de désillusions qui nous donnent, à ma sœur et moi, des envies de révolution en profondeur.
Qu'en sera-t-il demain, après-demain et les jours suivants ? Qui peut le dire ? J'espère très fortement que mon père finira par se remettre, rentrer à la maison, retrouver ma mère dans d'autres conditions et prendre soin de lui.
Rien ne sera plus comme avant, il va falloir du temps pour accepter l'inacceptable, je sais que nous ne sommes pas au bout
de nos peines... Hélas.
Aujourd'hui je suis à ramasser à la petite cuillère...