vendredi 16 mai 2014

La Course Ou La Vie ?

Je ne vous parlerai pas du festival de Cannes, des acteurs, réalisateurs, producteurs, mannequins ou personnalités plus ou moins (re)connues "utiles" au cinéma qui, sur leur 31, peaux tirées à quatre épingles, montent les célèbres marches et foulent le mythique tapis rouge dans un tourbillon de glamour que le monde entier nous envie. Non…
Je ne vous parlerai pas non plus de ces toujours plus nombreuses palme-bitches en besoin pressant de m'as-tu-vue, ni de cette foule d'anonymes attirés par les feux de la rampe et agglutinés au pied des marches du Palais, prêts à tout pour entrer dans la danse (des Cannards boiteux, of course), quitte à s'y faire plumer. Non… Je sature. Chaque année je sature un peu plus d'ailleurs, sans doute que la vieillesse me guette !

Par contre, je vous parle volontiers du temps. Pas du temps qu’il fait sur la Côte, plutôt du temps à qui nous offrons plus ou moins inconsciemment le mode d'emploi intégral pour mieux cadencer nos vies au lieu de les harmoniser. Du temps qui passe, file et nous file entre les doigts, de ce temps que chacun de nous essaie inexorablement d’amadouer afin de le rendre plus élastique, de gagner pour, in fine, ne même pas avoir le loisir de le perdre, faute de… temps qu’on ne prend plus le temps de prendre, justement.
Ce matin, en coupant à travers le parc pour récupérer ma voiture, j’ai suivi l’allée bordée de jasmin. Le nez en l’air à l’affût des parfums printaniers flatteurs de narines, le regard  enthousiasmé par ce petit coin qui semblait être en dehors du temps sorti tout droit du jardin des délices et les pensées perdues au milieu de ces effluves enivrants, je me suis assise quelques minutes sur un banc. Quelques instants de répit, de calme et d’extase au soleil, tranchant avec la course habituelle qui rythme mes journées.
Je l’ai vu arriver au loin, tête baissée, d’un pas alerte et bien décidé à ne pas laisser quoi que ce soit entraver sa route, ni qui que ce soit le détourner de son chemin. Devant moi est passé cet homme pressé, tellement rapidement que je n’ai eu le temps d’entrevoir la totalité de son visage. Il portait un costume gris anthracite, ses bras étaient chargés de dossiers, il marchait à la Wonder et savait où il allait : Droit au but.
Quel contraste ! J’étais en pause contemplative et un OVNI me passait sous le nez à la vitesse Mach 2, me laissant une impression d’immobilité immobilisme absolu. Il n’a pas levé les yeux, n’a pas relevé la tête non plus, il cheminait, comme branché sur pilote automatique. L’effet fut saisissant et le constat rude. J’ai immédiatement pensé qu’à un autre moment de la journée, hier, demain ou un autre jour, cette météorite c’était, ce sera, moi.

Il est tellement facile d’oublier de regarder autour de soi, de jouir de ces petits instants d'un bonheur simple à portée de ceux qui le veulent.
Il est si simple d’oublier de savourer et d’apprécier LE moment. Le peu comme le tout.
Il est parfois commode d’oublier de vivre.  De s’oublier.
Il est si facile de traverser la vie au pas de charge, sans y prendre garde, sans en prendre soin.

Pas de doute, me voilà bien loin du Festival de Cannes...  

6 commentaires:

  1. Wonder [Wo]man16 mai 2014 à 13:15

    Il tombe pile ton billet !
    Pile au moment où je me disais qu’il allait falloir recharger mes batteries.
    Pile au moment où je sens trop survolté.
    La vie, des fois on gagne, des fois ampère…

    J’ai en ce moment des rêves de mer ; de désert liquide ; de solitude océanique (on ne rajoute pas « ta mère », merci !).
    Une envie de souffler identique à la tienne. Sur mon blog j’avais repris (oui, je sais c’était il y a trop longtemps) une citation de Serge Gainsbourg « Je voudrai que la Terre s’arrête pour descendre. »
    J’ai parfois l’impression que tu lis dans mes pensées…

    Dis, on ne serait pas à la Croisette de nos chemins tous les deux ?

    PS : Le temps parisien me retient en Cour… mais je pense… je pense…

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    1. Ah mon cher [Wo] (tu permets que je t’appelle par ton entre crochets au moins ? ;-)), ton commentaire tombe pile… poil pour m’arracher quelques éclats de rire.

      Hier, question liquide tu aurais été bien servi – exit bonnet de bain, tongs marguerites et re-bonjour couvre-chef imperméable, bottes en caoutchouc. Par contre comme lieu désertique, la Côte n’est pas franchement cotée.

      J’aime beaucoup "la Croisette de nos chemins". Sans doute que nous y sommes, le plus compliqué étant de se décider à choisir un chemin : prend-on la petite route à droite, le grand boulevard face à nous ou le sentier à gauche ?

      "Le temps parisien me retient en Cour… mais je pense… je pense" <<< J’espère bien que tu continues à penser, surtout en Cour ! Mais... as-tu pu t’asseoir au moins ? :-))

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  2. Rapport au temps...
    http://www.youtube.com/watch?v=40FjQH3Xw0M&feature=kp

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    1. Merci, tu tombes pile également ! J’aime beaucoup Tom Waits, sa voix rocailleuse, sa mélancolie poétique… Je l’ai découvert il n’y a pas si longtemps que ça en fait, c’était en 2003 avec son album Alice - une merveille.

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  3. J'aime beaucoup bien sur... Des bons mots de tous les jours.

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    1. Merci Champagne, bienvenue sur ce blog.
      Des mots de tous les jours oui mais qui sortent difficilement en ce moment…

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