lundi 12 janvier 2015

CaricaTués

Je ne suis pas journaliste et je ne lisais pas Charlie Hebdo. Malgré tout, je suis bouleversée, attristée, sidérée, indignée et en colère. J'en ai vraiment gros sur le cœur, tellement que je ne parviens à penser à autre chose qu'à cet attentat, parce que c'est un attentat.
Je connaissais depuis longtemps Cabu, Wolinski et Tignous, un peu moins Honoré. Quant à Charb, ses interventions télévisées lors de l'incendie des locaux du journal en 2011 l'ont fait sortir de l'anonymat.

J'ai souvent pensé qu'ils y allaient fort, trop fort même parfois, mais n'est-ce pas là le propre d'un journal satirique ? Alors la réponse à la satire serait/devrait être... ça tire et ça flingue ?
Je ne comprends pas que dans LE pays des Droits de l'homme - et ailleurs également mais plus particulièrement ici - on puisse assassiner, exécuter des gens pour des idées (fussent-elles insolentes), pour une façon de penser ou d'être (fut-elle arrogante), pour des dessins (fussent-ils provocateurs) qui ne conviennent pas à une doctrine. 
J'ai envie de hurler : "Oh les gars, ce ne sont que des dessins, merde !".

Depuis hier j'entends et je vois dans les journaux télévisés certaines personnes déclamer "Même pas peur, même pas mal !", mots lancés tel un baroud d'honneur en direction des (et en réponse aux) terroristes terrorisants, comme pour se donner de l’entrain et du courage. Et bien je n'ai pas peur... de dire que moi j'ai la trouille, que moi j'ai mal. La trouille, mal pour eux, pour elles, pour vous, pour toi, pour toi aussi, pour moi, pour nos enfants, pour la liberté d'expression et pour le droit de penser.

Hier, des enfants ont perdu un père ou une mère, des femmes leur compagnon, un mari sa femme, des parents un enfant.
Hier, c'est le rire que l'on a fait exploser en éclats de lâcheté, à armes inégales.
Hier, ce sont les esprits frondeurs que l'on a voulu décapiter, c'est le pays de la liberté qui a été fusillé. Des coups de crayons contre des rafales de Kalachnikov... tu parles d'une prouesse. Les journalistes n'avaient pour seules armes papiers, crayons et un énorme courage, celui de s'exprimer comme ils l'entendaient.


Depuis hier matin la grande famille des dessinateurs de Charlie Hebdo est décimée.
Depuis hier soir la liberté porte un prénom : Charlie.
Faire de l'humour dans un journal mérite-t-il la peine capitale ?
Rien de tout cela n'a de sens, rien.

Jean, Georges, Elsa, Philippe, Bernard, Bernard, Michel, Moustapha, Frédéric, Franck, Ahmed, Stéphane, vous êtes devenus les Charlie's Angels.



|Cette note a été rédigée sur papier jeudi matin. J'avais, je crois, besoin de digérer un peu les événements et de (dé)passer cette satanée phase de sidération avant de la publier ici. Elle est retranscrite au mot près. Depuis, hélas, il y a eu d'autres situations tragiques et d'autres victimes sont tombées. 17 au total...|

8 commentaires:

  1. Réponses
    1. Avec le recul j’aurais rajouté pas mal de choses… Par exemple à propos des dessinateurs.

      Supprimer
  2. Oui très beau texte. Merci Niou !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Comme je l’ai écrit en réponse au commentaire de Gilsoub, quelques heures après l’avoir publié ici j’avais déjà envie de compléter ce texte… Mais l’intéressant est justement l’empreinte d’une émotion à l’instant T, la réaction à chaud.

      Supprimer
  3. Merci pour ce texte! Moi j'ai été incapable d'écrire un mot sur tout cela...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Généralement je suis dans ton cas, il me faut digérer avant de pouvoir sortir un mot et pas seulement à l’écrit.
      La plupart du temps, mon premier réflexe est de faire silence, de me recroqueviller dans mon cocon, de m’enfermer dans ma coquille, le temps de la fameuse phase de sidération, le temps de comprendre, de prendre conscience de la réalité, de réfléchir. Ça peut prendre trente minutes comme quelques jours. Une fois fait, la parole se libère.
      Là, au contraire, j’ai eu besoin d’en parler rapidement et beaucoup, sans doute portée par la vague (inter)nationale, les multiples attaques et par l’ampleur du carnage. Il faut dire que nous sommes dans une autre dimension, bien différente des plus ou moins drames personnels qui, du coup, deviennent moins dramatiques.

      Supprimer
  4. De l’importance de dire aux gens qu’on aime combien on les aime.
    Nul ne sait de quoi sera fait demain et les fous dangereux peuvent frapper n’importe où, n’importe quand.
    Pas de psychose à avoir non plus, sans quoi on ne sortirait plus de chez nous. L’obscurantisme, la bêtise, l’ignorance sont le terreau fertile des idées pernicieuses semées à la volée par des gourous avides d’un pouvoir bien relatif.
    Ce matin, était un grand moment d’émotion dans la cour de la Préfecture de Police. Moment vécu à (courte) distance car, ici, nous écrivons aussi beaucoup sur le sujet, sans pouvoir interrompre notre littérature pour cause de course contre la montre afin de pouvoir clore définitivement cette histoire.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. La vie nous donne l’impression que les jours se suivent et se ressemblent, qu’ils sont des lendemains inaltérables, que le soleil va se lever tous les matins et se coucher tous les soirs, que le métro, boulot, dodo est ennuyeux et usant à mourir. On ne peut imaginer qu’il puisse en être autrement, qu’un petit caillou (ou un mastodonte tapi dans l'ombre) peut changer la donne. Il s’agit d’un train-train très bien rodé, à de rares exceptions près, sans terribles conséquences.
      Nous savons, qu’un jour nous mourrons (le plus tard possible), évidemment nous savons que tout peut basculer d’une seconde à l’autre mais, heureusement on oublie que chaque fois que l’on quitte son chez soi le matin il y a un risque plus ou moins avéré pour que l’on ne rentre pas. Un accident…parce que comment concevoir une telle horreur ? Bien sûr après les attentats du 11 septembre la psychose s’était installée partout, bien sûr qu’après ceux de Toulouse et avant eux les précédents en France, en Espagne, en Belgique et au Royaume-Uni, on y pensait davantage. Et puis on oublie, on oublie que… Le drame.

      Je me doute que vous avez beaucoup à consigner, à écrire, mais aussi à investiguer, à digérer. Je sais que les jours sont rudes, les journées longues et les nuits extrêmement courtes. On parle des déjeuners… comment dire ? Non... N’en parlons pas ! ;-)
      Chapeau JM qui sait si bien me faire rire quand il déboule masqué et qui me touche énormément sans masque ni cagoule :-)

      Supprimer