mardi 10 septembre 2013

Ingmar ou Gustav… Et hop !


Sa voiture, facilement identifiable puisque seule à posséder une plaque minéralogique d’un pays nordique, était garée le long de l'avenue Reine Victoria, tout près de mon ancien collège. Je connais ce quartier par cœur  j'y ai usé mes minis jupettes, mes sabots, mes survets, mes baskets et sans doute aussi un peu mes fonds de petites culottes. A l’arrêt de bus.

Il avait du prendre le raccourci qui mène à l'avenue de Flirey pour se rendre jusqu'aux Arènes, évitant ainsi de faire un grand tour l’obligeant à passer devant l’hôpital pour repiquer par l’ancien hôtel Régina et rattraper ainsi l’avenue de Cimiez. Il est impossible de se garer plus près, ambiance Jazz dans la ville à cette période de l'année et la foule est immense.
C'est d'ailleurs pour ça qu'il était présent ; pour le festival du Jazz. Aussi parce qu’il m’avait donné rendez-vous. Le lieu et la date n’avaient pas été choisis au hasard, je le savais et après toutes ces années sans nouvelles, j’étais curieuse mais pas franchement enchantée de le revoir. Nous avions tant partagé pendant plus de dix ans, il était le grand frère que j’aurais aimé avoir, l’ami, le confident et tout à coup… pfuittt ! Disparu.
Après plus d’années d’absence que de lien que pouvait-il bien rester de notre amitié ? Je n’étais pas certaine d’avoir envie de le savoir.

Adolescente, j'empruntais ce passage tous les jours, ou presque. J'en connaissais le plus petit recoin, le moindre feuillage, jusqu’à la pierre biscornue et casse binette de la quatrième marche ainsi que tous les noms inscrits sur les boites aux lettres. Quelques uns me reviennent au moment où je rédige cette note, notamment celui de ce couple âgé que j’ai toujours vu cheminer main dans la main. 
Dire qu’il avait certainement du poser ses yeux au hasard, quelque part, ici ou là, à cet endroit qui m'était si familier. Je sentais sa présence, je percevais les effluves d'un parfum. Peut-être était-ce le sien. Etrange atmosphère, je me remémorais les années collège, les voyages de fin d’année, les premiers flirts, les booms, ces longs moments sous la pluie à attendre un bus qui ne venait pas justement le jour où il pleuvait des trombes. Je remontais le temps !
Il était passé par là, il y passait à cet instant, peut-être... Quoiqu'il en soit, il repassera sans doute par le même chemin, au retour. Alors il verra ce que j'y voyais, il sentira ces odeurs de jasmin, ces fragrances boisées et il croisera, sans s’en rendre compte mes bons souvenirs.
Il devait assister, je crois, aux concerts de
Sonny Rollins et de Lisa Ekdahl. Bof, ces nordistes, ils ont de ces goûts !

Je n’ai finalement pas emprunté le petit raccourci qui mène à l’avenue de Flirey, je n’ai donc pas pris le passage des souvenirs d’antan. J’ai donné le pass, qu’il m’avait fait parvenir par l’intermédiaire de mes parents, à une passante surprise et heureuse. J’ai laissé un petit mot sur son pare-brise : "De toute façon je voulais voir Ben Harper et George Benson. Pas toi !". 

Il était là en ce soir du 27 juillet, tout près, juste derrière le grand mur de pierres sèches des Arènes. Il était physiquement là mais ce qu’il restait de sa présence d’autrefois était bien loin, catapulté à des années-lumière d’ici.

Depuis, pour préserver les Arènes, le Festival du jazz est organisé en centre ville, le charme est, quoiqu’il en soit, à jamais rompu. 

2 commentaires:

  1. On donne dans le nostalgique ???
    Que de rendez-vous manqués cette année...
    Baisers là.

    RépondreSupprimer
  2. Ce n'était pas cette année, ni celle d'avant, ni celle d'encore avant. Et pas celle d'avant toutes celles là non plus. Pour faire court - tu sais à quel point j'ai du mal à faire court - ça date d'un lustre !
    Pas de nostalgie juste une pensée après avoir eu des nouvelles il y a peu.
    Baisers ici, y a pas de raison ;-)
    (Envoyé depuis mon Smartphone)

    RépondreSupprimer